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Interview de Hyunsoo Lee, réalisateur de « A function »

Vous avez peut-être pu le voir lors de la première édition du Paris International Fantastic Film Festival, ou plus récemment aux Hallucinations Collectives de Lyon, festivals dont il est à chaque fois reparti avec le prix du meilleur court-métrage. « A function », du coréen Hyunsoo Lee, montre, dans une salle de classe lugubre, une lycéenne s’activant à la résolution d’un problème de mathématiques. Si elle échoue, elle a bien plus à perdre que quelques points dans sa moyenne trimestrielle… « A function » est un huis clos au rythme impeccablement maitrisé qui saisit le spectateur à la gorge. Son réalisateur répond à quelques questions sur son court.

D’où vous est venue l’idée du film?

Je voulais faire un court autour d’une situation désespérée. Je suis d’abord parti sur l’idée d’une personne qui prendrait part à un jeu qu’elle ne pourrait jamais gagner. Je travaillais à l’époque comme professeur de mathématiques à temps partiel, et un soir, très tard, j’ai eu cette image de mes élèves, assis en rang dans une petite salle de classe sous des lumières fluorescentes. C’est de là que m’est venue l’idée de cette élévé résolvant un problème de maths mortel.

Les jeunes coréens du Sud sont-ils soumis à une forte pression à l’école? Y a-t-il beaucoup de compétition entre élèves?

Oui, malheureusement. En fait, les étudiants étudient beaucoup trop! Bien sûr, il est important de s’instruire, et parfois ceux qui veulent aller loin doivent travailler très dur. Mais malheureusement, on demande énormément à tous les élèves en Corée du Sud. On leur donne le goût de la compétition entre eux, et on leur enseigne que remporter cette compétition est plus important que tout. A mon avis, cela est dû au fait que nous avons une sorte de « mono-culture » en Corée, il n’y a pas de diversité. Cette compétition à tous les niveaux engendre de nombreux problèmes, dont on commence à prendre conscience.

– Comment se passe le tournage d’un court étudiant? Tous les postes étaient occupés par des élèves?

Dans mon cas, il y avait dans ma promotion 24 élèves qui souhaitaient devenir réalisateurs, 4 voulaient être directeurs de la photo, 1 voulait être ingénieur du son, et 1 voulait être monteur. Chaque aspirant directeur photo a donc travaillé sur 6 films, tandis que l’ingénieur du son a travaillé sur les 24 films, et que le monteur a encadré le montage de chacun des projets. Nos professeurs suivaient les projets, nous discutions beaucoup du scénario avec eux, ils nous donnaient des conseils sur le tournage et parfois nous présentaient des gens qui pourraient nous aider.

– Avez-vous également créé les maquillages et effets spéciaux?

J’ai réalisé des croquis détaillés de la classe, de la créature au masque et du garçon sans tête. La magnifique équipe des effets spéciaux les a ensuite réalisés selon mes instructions. A l’exception du garçon sans tête, tous les corps ou parties de corps que vous pouvez voir dans le film avaient été créés pour d’autres films, je les ai juste réutilisés.

– Le montage de « A function » est très efficace. Y avez-vous beaucoup travaillé? Cherchiez-vous à donner un rythme particulier au film?

Merci de parler du montage. J’ai passé deux jours non stop à monter le film. J’avais réalisé un story board très détaillé avant le tournage, la phase de montage s’en est trouvé facilitée. J’ai cherché à faire monter la tension en utilisant le rythme des plans. Pour moi, le montage d’un film se rapproche de l’écriture d’une chanson.

– Quels sont vos films et réalisateurs préférés?

Hé bien… J’aime beaucoup Tarantino. Je trouve qu’il fait toujours des films très puissants.J’admire également Scorcese depuis que je suis adolescent. Un ado coréen qui aime les films de gangsters italiens… J’étais un ado étrange… Je suis aussi un grand fan des films noirs américains comme « Le faucon maltais », « Le grand sommeil », « La dame de Shanghai »…

– Quelles ont été vos références et influences pour « A function »?

« Eraserhead » de David Lynch.J’aime vraiment l’esthétique et le travail sonore sur ce film. C’est un fim fantastique et terrifiant. Tandis que nous travaillions sur la lumière de « A function », mon directeur photo et moi parlions beaucoup de films comme « Panic room » de David Fincher et de « Saw » de James Wan. Et j’aime beaucoup les effets visuels inspirés de jeux vidéo d’horreur comme « Silent hill ».

Est-ce difficile de réaliser un court-métrage en Corée du Sud?

Non, je pense que c’est assez facile. Je sors d’une école de cinéma (Chung Ang University) et j’ai toujours tourné dans le cadre de l’école. Cela signifie que je pouvais utiliser tout son matériel: les caméras, l’éclairage, la salle de montage, le studio de mixage… Il y a encore quelques années, c’était difficile de faire un film si vous n’étiez pas dans l’industrie ou si vous ne fréquentiez pas une école, mais aujourd’hui, avec le digital, c’est beaucoup plus simple. Le prix de location du matériel n’est pas excessif, et vous pouvez trouver de très bonnes salles de montage accessibles au public à Séoul. On peut trouver des acteurs et un staff grâce à internet, même si ce n’est pas la meilleure solution. D’après mon expérience, je n’ai jamais pu trouver de bons acteurs de cette façon, je les ai trouvés sur les scènes des écoles de comédie. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, je pense que n’importe qui peut faire un court, à condition d’avoir une bonne histoire!

– Comment le court-métrage est-il considéré en Corée du Sud. A-t-il un large public?

Il y a beaucoup de publics différents en Corée, qui apprécient des films différents.Depuis le début des années 2000, on a vu apparaître des festivals de court-métrage, et aujourd’hui, certains sont tellement populaires qu’ils affichent systématiquement complets. Les gens peuvent aussi voir des courts sur internet ou via les chaines câblées.

– Quels sont vos projets?

Je travaille actuellement à un long métrage. C’est un film d’horreur dans lequel un groupe d’adolescents est enfermé dans une pièce dans laquelle les choses vont aller de mal en pis.

« A function » en festival:

2012 Palm Springs Short Film Festival (Palm Springs, U.S.A)

2012 Cortisonici Short Film Festival (Varese, Italy)

2012 Festival Hallucinations Collectives (Lyon, France); Meilleur film

2012 K Short Festival (Saint Petersburg, Russia)

2012 Dead by Dawn International Horror Film Festival (Edinburgh, Scotland)

2012 Cinequest Film Festival (San Jose, U.S.A)

2012 Yubari International Fantastic Film Festival (Yubari, Japan)

2011 Paris International Fantastic Film Festival (Paris, France); Meilleur film

2011 Reggio Film Festival (Reggio Emilia, Italy)

2011 Sitges Fantastic Film Festival (Sitges, Spain)

2011 Great Short Film Festival (Seoul, Korea)

2011 Brooklyn Film Festival (New York, U.S.A)

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Discussion

Une réflexion sur “Interview de Hyunsoo Lee, réalisateur de « A function »

  1. Merci pour cette passionnante interview. Signé votre admiratrice !

    Publié par Anonyme | 29 mai 2012, 16:27

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