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Si tu ne viens pas à Sundance… « Robots of Brixton » (vidéo)

Souvenez-vous en Août dernier, le quartier de Tottenham, dans le nord de Londres, s’embrasait avant que la fièvre ne se propage à toute la capitale. Des événements qui donnent un écho particulièrement troublant au film de Kibwe Tavares (qui a reçu une mention spéciale pour son animation au festival de Sundance), terminé à peine un mois auparavant. C’est pourtant vers le passé qu’il faut se tourner pour comprendre le film, celui-ci voyant le jour alors que l’on « célèbre » le 30ème anniversaire des émeutes ayant ébranlé le quartier de Brixton, connu comme le haut lieu de la communauté jamaïcaine de Londres, en 1981.

L’origine des émeutes de 1981 a un air de déja vu (et à en croire le film de Tavares, que l’on reverra encore): un quartier pauvre, le chômage, le crime, une minorité ethnique se sentant victimes des abus policiers. Déja en 1979, The Clash, dans son célèbre « Guns of Brixton », dénonçait les violences policières dans le quartier (Paul Simonon et Mick Jones ont grandi à Brixton). A ce terreau déja fertile, ajoutez une série d’événements faisant à chaque fois monter la tension. En Janvier 1981, un incendie, suspecté d’être d’origine criminelle et pour des motifs raciaux, cause la mort de 13 jeunes noirs. L’enquête n’aboutira pas et la communauté locale critiquera sévèrement la police pour son manque d’implication. Début Mars, une marche de protestation, le Black People’s day of action, est organisée. Bien qu’elle se déroule majoritairement dans le calme, quelques affrontements avec la police ont lieu, et les organisateurs de la marche seront arrêtés pour incitation à l’émeute. Quelques semaines plus tard, la police lance l’opération Swamp 81 afin de « nettoyer » le quartier: 82 arrestations et l’usage de pratiques plutôt musclées.

Le soir du 10 Avril, la police prend en charge un jeune homme qui vient de se faire poignarder. Selon des témoins un attroupement commence à se former tandis que les policiers ne feraient rien pour fournir au jeune les soins dont il a besoin. C’est alors que les policiers tentent de le ramener à leur voiture de patrouille que les affrontements éclatent, la situation dégénérant rapidement tandis que des renforts policiers arrivent sur les lieux. Le plus gros des émeutes aura lieu le lendemain: tandis que l’operation swamp 81 continue de plus belle, se répand la rumeur selon laquelle le jeune poignardé la veille serait mort. S’ensuit une escalade qui commence par des jets de pierre dans l’après-midi, pour finir par la dispersion des émeutiers au matin du dimanche, avec prés de 2500 policiers mobilisés dans le quartier.

Au final, près de 300 policiers et une soixantaine de civils blessés; une centaine de véhicules, dont la moitié de la police, brulés; plus d’une centaine de magasins vandalisés.

Loin de moi la prétention de jouer les sociologues et d’analyser les émeutes de Brixton, mais garder ces événements à l’esprit donne un tout autre relief au film de Kibwe Tavares. Porté par sa musique cottoneuse où les accents carraïbéens le disputent à une tristesse diffuse, « Robots of Brixton » s’ancre dans l’histoire, lui fait écho, et se pare de pessimisme et de mélancolie. Le film se fait miroir du passé et – c’est là que les coincidences de l’actualité viennent donner encore plus de force à son message – la réalité se fera le miroir du film. Nul besoin d’attendre un futur où les robots sont devenus la nouvelle minorité cependant, à peine un mois plus tard, Londres flambera à nouveau dans un accès de violence urbaine jamais vu depuis…Brixton en 1981. Triste anniversaire…

Déconnecté de sa réalité, « Robots of Brixton » est un beau film d’animation, techniquement irréprochable et brillamment mis en scène. Comme témoignage d’un passé qui ressurgit et ressurgira, il devient profondément émouvant. Extérieurement, tout a changé, et pourtant tout reste semblable. Les barres d’immeuble, les contrôles policiers, le besoin de s’évader d’une réalité à laquelle on ne peut échapper. Lorsque les images d’archives viennent envahir cette vision du futur, ne reste qu’un constat pessimiste: celui d’une situation qui perdure, qui ne change pas, qui ne changera jamais?

Le film se termine sur une citation de Marx: « L’histoire se répète toujours: la première fois comme une tragédie, la seconde comme une farce ».

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