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Le court-métrage en Asie: la Corée du Sud / interview de Gina Kang (Indiestory)

Rencontre avec Gina Kang, responsable courts métrages chez Indiestory, pour un aperçu de la situation du court métrage en Corée du Sud. Créée en 1998, Indiestory est une société de distribution et de production dédiée aux courts métrages et au cinéma indépendant. La récente reconnaissance internationale du cinéma coréen, l’épaisseur de son catalogue et le fait qu’elle soit la seule société coréenne spécialisée dans le court métrage, rendent Indiestory incontournable dans ce secteur en Asie.

Avant d’aborder les courts métrages, et puisque Indiestory distribue également quelques films indépendants, pouvez-vous nous dire un mot sur la situation de ce cinéma en Corée du Sud ?
Je crois que comme dans beaucoup de pays, elle n’est pas des plus confortable. Il est difficile aux films indépendants de trouver leur public et d’être distribués, en Corée comme à l’étranger. Pourtant, le cinéma indépendant coréen produit de très bons films depuis plusieurs années, mais ces cinéastes n’ont jamais vraiment connu le succès dans leur pays. Kim Ki-duk par exemple, qui est très populaire en Occident, n’est pas très renommé en Corée du Sud. Il faut préciser que la situation est difficile pour le cinéma coréen en général, et pas seulement indépendant. Il y a encore cinq ans, les films coréens représentaient 60% du box office. Mais depuis un ou deux ans, ce sont les films hollywoodiens qui ont le plus de succès. Cela laisse d’autant moins de place au cinéma indépendant.
Il est également très difficile de trouver le financement pour réaliser un film indépendant. Le KOFIC (Korean Film Council) joue un rôle important pour aider les jeunes réalisateurs dans le développement et la promotion de leurs projets, mais cela reste relativement limité. Je ne connais pas exactement leurs critères de sélection, mais il y a eu un gros débat récemment, parce qu’ils avaient accordé une subvention à un film produit par une major…

Antoine Coppola, spécialiste du cinéma coréen, nous disait récemment que le cinéma indépendant en Corée était en pleine structuration, et devrait être plus visible dans les années à venir. Etes-vous d’accord ?
Oui, on constate déjà que le nombre de films indépendants produits chaque année est en augmentation. La Korean Independant Film and Video Association a également été créée. Elle vient en aide aux réalisateurs, et organise également un festival de films indépendants.

Existe-t-il une section “films indépendants” au festival de Pusan ?
Non, pas à proprement parler… il existe une section appelée “Wide Angle”, dans laquelle sont montrés des films moins commerciaux, différents, des documentaires, des courts métrages…

Passons au court métrage… pouvez-vous rapidement nous présenter la situation de cette production en Corée du Sud ?
60% des courts métrages en Corée du Sud sont réalisés par des étudiants. Il existe aujourd’hui de nombreuses écoles où l’on peut étudier le cinéma en Corée, et la plupart dispensent d’excellents enseignements. Ces courts sont donc souvent très bons techniquement, mais… ils manquent de contenu, j’ai l’impression qu’ils se ressemblent tous. Les étudiants ont les mêmes professeurs, ils sont influencés par les mêmes films… si bien que la production de courts métrages est quelque peu formatée.
Aujourd’hui, Indiestory est la seule compagnie de distribution de courts métrages en Corée du Sud. Il en existait une autre, appelée Film Messenger, mais ils ont arrêté, car le court métrage ne rapporte pas beaucoup d’argent (rire) ! Depuis peu, des écoles comme la Korean National University of Arts, commencent à distribuer elles-mêmes les films de leurs élèves, ce qui est un problème pour nous, car ils représentaient une grosse partie de notre catalogue!

Avez-vous songé à distribuer des réalisateurs d’autres pays ?
Il y a quelques années, nous avons travaillé avec des compagnies étrangères : nous distribuions leurs meilleurs films, et ils distribuaient les nôtres. Mais cela n’a pas vraiment bien marché, le public et les acheteurs coréens veulent avant tout voir des films coréens, ils ne veulent pas s’embêter avec le sous-titrage. Nous avons donc arrêté.
Il existe cependant une compagnie de distribution basée à Singapour, appelée Objectifs Films (dont vous pourrez lire l’interview de la fondatrice prochainement) qui couvre toute l’Asie du Sud-Est.

Comment est considéré le court métrage en Corée ? Est-il vu comme un réel mouvement artistique, ou seulement comme un format essentiellement destiné aux étudiants souhaitant faire leurs preuves ?
Non, je ne crois pas que le grand public prenne réellement le court métrage au sérieux. Les gens savent que la plupart des films sont faits par des étudiants, ils les voient donc avant tout comme un galop d’essai, un travail scolaire… Cependant, je pense que les différents festivals consacrés aux courts métrages, qui rencontrent un grand succès, aident à faire changer cette mentalité, et à montrer le court comme un art à part entière.

Existe-t-il un lien entre ces réalisateurs confirmés et les débutants ? Jouent-ils un rôle de “parrain” en quelque sorte ?
Une fois passés au long, la plupart des réalisateurs ne réalisent plus de courts. Certains continuent, mais ce ne sont pas les plus connus, surtout en Occident.
Etant donné que beaucoup de films sont réalisés par des étudiants, ce sont surtout leurs professeurs, qui sont aussi souvent réalisateurs, qui les accompagnent dans leurs projets. Il existe ainsi des liens entre le monde du court et du long, puisque cela reste du cinéma. Par exemple le réalisateur du film “The whale in the west sea”, en compétition cette année à Clermont-Ferrand, a travaillé avec Hong Sang-soo, qui était son professeur.

Les écoles de cinéma semblent occuper une place très importante dans le monde du court métrage en Corée du Sud…
En effet. Deux d’entre elles, la Korean National University of Arts, et la Korean Academy of Film Arts, sont entièrement financées par le gouvernement. Elles ont donc beaucoup de moyens, un très bon équipement, et d’excellents professeurs.

Diriez-vous qu’il existe une tendance générale pour les courts métrages coréens ? Un point commun dans les thèmes ou le style ?
Comme je vous le disais, ce sont beaucoup de films d’étudiants… très bien réalisés techniquement… La plupart sont des “dramas” : de longues histoires, 20 minutes, 30 minutes, parfois plus, très classiques dans la narration, sans vraiment d’originalité. Je crois que d’une part, ils se prennent trop au sérieux, d’autre part, ils manquent d’audace. Cela est notamment lié au fait que nous évoquions tout à l’heure : ils voient leur court comme une étape vers le long, ils veulent donc avant tout faire bonne impression, et ne prennent pas de risques, de peur de sortir des sentiers battus. Je pense qu’un court doit être différent, et pas seulement être un long métrage dont on aurait réduit la durée.
On remarque aussi que les histoires familiales, ou mettant en scène des étudiants, reviennent souvent… Il y a aussi beaucoup de violence… je crois que, surtout à l’étranger, c’est une marque de fabrique du cinéma coréen. Des réalisateurs populaires comme Kim Ki-duk ou Park Chan-wook font des films assez violents. Ainsi pour beaucoup de gens, l’idée de violence est associée au cinéma coréen.

Rapprocheriez-vous le court métrage du cinéma indépendant ?
Pas vraiment en fait… du fait que beaucoup de courts sont réalisés par des étudiants, et sont destinés à être une carte de visite en vue d’un éventuel long, la démarche adoptée se rapproche plus du cinéma commercial que du cinéma indépendant. En réalité, les étudiants ne se soucient pas vraiment de leurs courts. Pour eux, ils constituent un passage obligé, voilà tout. Ils ne s’y investissent pas vraiment, émotionnellement et artistiquement parlant, comme le fait un réalisateur indépendant avec son film.

Quels sont vos critères de sélection pour décider d’ajouter un film à votre catalogue ? Comment procédez-vous ?
Il y a régulièrement des festivals consacrés aux films réalisés par les étudiants de cinéma en Corée du Sud. C’est notre principale base de travail : nous nous y rendons, nous voyons des films, nous établissons des contacts. Nous recevons aussi beaucoup de films que les réalisateurs nous envoient directement.
Concernant les critères de sélection, il ne s’agit pas forcément de films que nous aimons, beaucoup d’autres éléments doivent être pris en compte. Par exemple, si un film que nous adorons utilise beaucoup de musiques pour lesquelles il faudrait payer des droits, nous ne pouvons le prendre. Il faut aussi que le film réponde à un certain “format”, car notre but reste commercial : s’il est trop long, trop violent ou trop sexuel, nous ne pourrons pas le vendre.

Aujourd’hui, lorsque vous distribuez des courts métrages, quels sont vos principaux interlocuteurs ?
Nous travaillons essentiellement avec des chaînes de télévision, des chaînes payantes pour la plupart. Je n’aime pas trop utiliser le média internet pour diffuser nos films… cela rapporte peu d’argent, pour une diffusion à l’échelle planétaire, et facilement piratable.

Indiestory fête cette année ses 10 ans. A l’origine, vous consacriez-vous aussi aux longs métrages ?
Oui, à l’origine, la société se consacrait aussi aux longs métrages indépendants. A l’époque, il y avait très peu de films indépendants en Corée du Sud. J’ai rejoint l’équipe il y a quatre ans seulement, mais je crois qu’ils en avaient cependant sorti quelques uns en salles.

Je crois que vous vous êtes aussi lancé dans la production de longs métrages, n’est-ce pas ?
En effet, les premiers films s’appellent “Sundays in August”, “One shining day” et “Fantastic parasuicides” qui a été sélectionné à Rotterdam cette année. Nous sommes également en train de produire le nouveau film de Ahn Seul-ki, le réalisateur de “Five is too many” (2 prix au festival Cinémas & Cultures d’Asie de Lyon en 2006). La production de longs métrages est vraiment un des premiers objectifs d’Indiestory pour les années à venir.

Allez-vous essayer de suivre certains des réalisateurs dont vous distribuez les courts, en produisant leurs longs ?
Notre force est d’être en contact avec de nombreux réalisateurs, d’avoir un vrai réservoir de talents à notre disposition. “Fantastic parasuicides” est ainsi un film en trois parties, chacune dirigée par un réalisateur différent. Nous avions distribué les courts de deux d’entre eux.

Propos recueillis à l’occasion du 30e Festival International du Court Métrage de Clermont-Ferrand
Février 2008

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